Compte rendu des opérations du peloton de reconnaissance dans Toulon le 23 et 24 août 1944
Le mercredi 23 août à 17 heures, je reçois l'ordre du Capitaine Maurel de me porter en avant, vers Toulon, pour appuyer les chars du·R.I.C.M. en cas de contre-attaque ennemie.
Arrivé à hauteur de ces chars (environ 300 mètres avant le Fort Sainte Catherine), je reconnais une maison favorable à une action de rocket-gun et grenades. Je donne l'ordre à l'aspirant Yvon de détourner l'attention en plaçant des pots fumigènes sur la route et j'emmène avec moi quatre rocket-gun et quatre fusils lance-grenades. Reçus à coups de mitrailleuses, mes tireurs réussissent à effectuer un tir précis sur trois des . pièces qui défendaient le côté Est du Fort.
Revenu aux véhicules, je rencontre un Commandant des F.F.L. qui m'annonce le désir des Allemands de Toulon de se rendre aux Troupes régulières. D'autre part, des F.F.I. me signalent les obstacles à franchir: mitrailleuses du fort d'Artigues faible angle de tir (environ 500 mètres), du Fort Ste Catherine (en partie neutralisées par mon action), un canon anti-char léger (800 mètres plus loin) qui tient la route en enfilade et les batteries de la Redoute de la Place d'Italie, qui tiennent sous leur feu le grand espace découvert du Champ de Mars. Ils m'apprennent d'autre part l'intention des Allemands de fairè sortir leurs canons de l'arsenal maritime et de les installer dans la ville même.
Le Lieutenant Roussel arrive sur ces entrefaites et m'annonce qu'un peloton de T.D. vient m'appuyer. Je lui dis mon intention de rentrer dans Toulon grâce à la vitesse de nos véhicules et envoie au Capitaine Maurel, le motocycliste Raffat pour le mettre au courant de la situation et de ma décision. Je ne devais plus revoir le soldat Raffat. J'avance alors mes A.M. 400 mètres plus loin et fais tirer une dizaine de coups de canon sur l'anti-char qui m'avait été signalé.
Les mitrailleuses du Fort d'Artigues et de Ste Catherine ayant été sans effet, je donne l'ordre d'entrer dans Toulon, emmenant entre mes deux AM., le commandant des F.F.L.
Au passage du Champ de Mars, les mitrailleuses et canons légers de la Place d'Italie blessèrent légèrement l'aspirant Yvon, le caporal Auge, le soldat Fasonne, conducteur, et le tirailleur Gouden Coulibaly.
Guidé par des civils, j'engageais mes deux AM. dans des rues perpendiculaires à l'axe de la rue de Strasbourg et réussis à détruire le canon tiré par des chevaux que les Allemands sortaient de l'Arsenal.
Nous sommes allés en AM. jeter quelques grenades et rafales de mitrailleuses sur des rassemblements d'Allemands au bout de ces rues, puis je dégageais mes AM.
Après quelques incursions en AM. dans les rues avoisinant l'Arsenal, je plaçais mes A.M. sur la Place de la Liberté.
Le Commandant des F.F.L., requit le Chef Florentin et le soldat Anglade, de lui porter main forte pour parlementer avec l'Arsenal Terrestre. Reçus par des grenades qui blessèrent légèrement le soldat Anglade, mes deux hommes restèrent heureusement avec le Commandant - Une demi-heure après, les Allemands, au nombre de 600 à 800 se rendaient; de mon côté, j'avais fait patrouiller mes A.M. dans la ville, dans l'espoir de bluffer l'ennemi sur notre force réelle. Alerté, je fis escorter la colonne de prisonniers par une A.M.
Lendemain matin
Liaison réalisée avec P.C.; A.M. en position sur les Allemands de l'Arsenal Maritime qui se sont rendus au même Commandant.
L'après-midi vers 5 heures, je me mis à la disposition du Capitaine Stremdoerfer pour réduire la redoute de la Place d'Italie sur laquelle les T.D. avaient tiré le matin sans les neutraliser complètement. Un bref assaut au rocket-gun et à la grenade permit au Capitaine Stremdoerfer d'entrer dans la position que les Allemands venaient d'évacuer. Une demi-heure après les 15 Allemands qui tenaient la Place étaient capturés par des F.F.I. 50 mètres plus loin.
P.C. le ... août 1944
Le Sous-Lieutenant Van Ruymbecke
signé Van Ruymbecke
Destinataires
Colonel Cdt R.C.C.C. Colonel Cdt le Groupement Lt-Colonel Cdt Détachement
Vu et Approuvé le Capitaine Maure! Cdt le 3e Escadron Signé: Maure!
Vu et Transmis:
Le Chef de Bataillon dont il est question dans le présent compte-rendu est le Chef de Bataillon Mirkin de l'EM. de l'I.D. de la Division Brosset, que j'ai rencontré le 24 août au matin dans Toulon le 28.8.1944
Le Lt-Colonel Charles Cdt le Détachement du R.C.C.C.
Signé: Charles
Pour copie conforme: le 20 février 1974 Le Général Charles
Source: Raymond Cancé