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RCCC - Régiment Colonial de Chasseurs de Chars


Comme le Général de Lattre de Tassigny l’avait promis au cours de la réunion du 13 janvier 44 dans la Salle d’Honneur du R I C M, le 16 janvier, venant du C O C A B, je suis muté au 3ème Escadron du R M I C de l’A O F. avec un groupe d’Evadés de France, Bouche, Jurman, Loumaigne, Menaut, Mossé, Piot, Planella, Raynaud, Rose, Schang, et Watrin ; mais aussi avec des anciens du Dépôt de Guerre du R I C M : les Caporaux –chef Bardel, Boisgivault, Ozil, Petit, le caporal Hours (et j’en oublie peut-être…), nous arrivons à l’Escadron qui est stationné hors du Camp Garnier dans une grande ferme en pleine nature. L’Escadron est commandé par le Capitaine Louis Maurel : Alignés, au garde-à-vous, chacun se présente à lui : grade, nom, prénom, âge, ville, etc. Lorsqu’il arrive à ma hauteur à peine ai-je dit : "Cancé Raymond 18 ans Nay Basses-Pyrénées" que le Capitaine Maurel s’avance vers moi et me dit en béarnais : "Qu’es dé Nay, et counéches à Fontan ?" Tu es de Nay connais-tu Fontan ?
Abasourdi, je réponds : "Monsieur Victor Fontan ?"
Avec un grand sourire, il me dit :
"Oui TOTOR, j’ai fait des courses de vélo avec lui, et moi j’étais PETIT LOUIS"
Tout le monde à Nay connaissait Victor Fontan, champion cycliste. Ceux de son âge l’appelaient familièrement TOTOR, son fils Francis était dans ma patrouille de scouts.
La première chose que j’ai apprise au 3ème Escadron du futur R C C C est la vraie raison pour laquelle on appelait le Capitaine Maurel « Petit Louis » (avec respect). Ce nom devait lui rappeler de bons souvenirs.
(Le 10 mai 1945, à Bad-Durrheim, lorsque je suis parti pour ma première permission, le Capitaine Maurel m’a demandé d’aller saluer Victor Fontan de sa part. Lorsque je me suis présenté en lui disant : "Vous avez le bonjour de mon Capitaine Louis Maurel " monsieur Fontan m’a dit : "Petit Louis capitaine ? Je ne le crois pas, c’était un bon coureur qui m’en a fait voir mais certainement pas un capitaine " à ma deuxième permission, le Capitaine Maurel était passé Commandant et Victor Fontan est resté aussi sceptique. Par la suite, lorsque je le rencontrais, je le saluais sans lui parler des grades de « PETIT LOUIS », qui est arrivé Général

Le 23 janvier 44 (c’était la St Raymond autrefois), nous quittons Rabat par voie ferrée avec des arrêts dans toutes les gares : Meknès, Fès, Taza, Oujda ; c’était frappant de voir de chaque coté de la voie des milliers de boites de rations américaines vides. Nous sommes cantonnés à Martimprey du Kiss, notre escadron est à l’instruction avec un escadron du Régiment Blindé de Fusillés Marins auprès du 3eme Escadron du 11 R C A qui a déjà son armement. Je ne sais trop pourquoi je n’ai pas participé à ces cours d’instruction.
C’est le Lieutenant Roussel qui commande le 1er Peloton. Un matin, au rapport, il remarque que je suis malade et me conduit lui-même au Cdt médecin St Pau. Après 3 jours passés à l’infirmerie, il vient me chercher. Au cours de cet aller et retour, il sait tout de moi : je viens d’avoir 18 ans, je suis scout de France, j’ai fait 3 ans d’apprentissage de mécano, etc. Il me dit simplement "Tu es toujours propre, tu es un des rares à changer de linge souvent, c’est bien, continue." Cette remarque me fait grand plaisir.

Le 1er mars le régiment change de nom et devient : le Régiment Colonial de Chasseurs de Chars.
C’est à cette période que j’ai appris à conduire, je ne veux être pilote d’aucun engin je veux me battre avec des armes, mais tout le monde doit savoir conduire au régiment. Je suis les cours de conduite et de dépannage avec attention. Je connais bien la route de Berkane. A l’aller, chacun des élèves conduisais tour à tour. Mais après la pause rafraichissante au vin de Berkane, (excellent et pas cher du tout), étant le seul à ne boire que de l’eau, je conduisais sur tout le chemin du retour. Malgré une très bonne note en technique-auto, le Commandant Viviez me recale au premier tour pour une chose qu’on ne m’a pas apprise : je ne contre braque pas en fin de course lorsque je fais un demi-tour résultat dans un chemin étroit et encaissé, je fais 4 manœuvres au lieu de 3. Pendant 8 jours supplémentaires, j’ai fait des demi-tours sur route et des entrées de garage en marche arrière. Le 18 mars, le Commandant Viviez me signait le Brevet Militaire qui me permettait de conduire V L et P L.
Permis de conduire
J’ai très peu participé à l’instruction au 11ème R C A avec Le Régiment Blindé de Fusilles Marins. L’entrainement fut intensif : déplacements, école de conduite, tir, entretient du matériel, théorie, manœuvres, etc. Je sais que ces marins sont sortis premiers du concours entre les trois régiments. Le R B F M, qui a le plus beau palmarès avec 70 chars et 82 canons détruits pour 10 de leurs T D a été imposé par le Général de Gaulle au Général Leclerc (qui n’en voulait pas, préférant le 2eme Dragon)

Le 29 avril le R B F M embarque à Mers-el-Kébir avec les T D du 11eme R C A pour rejoindre la 2eme D B en Angleterre. Il emporte avec lui un secret dont n’ont pas bénéficié les 6 autres régiments de T D. Dans son livre, le Capitaine de Frégate Maggiar, commandant le R B F M, raconte : « Les chef d’escadrons me montrent avec horreur l’appareil de pointage des T D, c’est un simple collimateur ! Comment associer des canons à grande vitesse initiale capables de tirer à 3 000 mètres avec précision à un système aussi dérisoire.
Je me précipite à la direction de l’artillerie navale ou je rencontre l’homme providentiel, l’ingénieur Silvère Seurat. Très simplement il m’offre 40 lunettes de visée marine. Cadeau royal dont j’avais rêvé. Ces lunettes vont transformer le tir des T D. Elles vont permettre aux tireurs de mettre au but à 3 000 mètres sur des panthers marchant à grande vitesse. Avant d’avoir commencé la guerre les, T D l’avaient gagnée >>
Il faut dire aussi que ces T D avaient devant eux les Shermans du 501 du 12 Cuir et du 12 R C A.

A partir du 22 mars, nous sommes une trentaine à suivre le peloton de caporal. Nous avons comme instructeurs les Aspirants Molteni et Rinderknech (Molteni sera tué le 19 avril en Allemagne et Rinderknech le 16 novembre à Colombier Fontaine) Nous faisons du maniement d’arme, démontage, remontage, nettoyage, fusil, FM, mitrailleuse, tir, lancer de grenade, parcours du combattant, marche à la carte et à la boussole, observer, se déplacer, se poster, établir le C R. Jamais il n’était question d’un exercice de combat avec les chars, ni d’arme anti-char. C’est surtout le Sergent Lazaroto qui nous fait manœuvrer. Son prénom est Zéphyrin. Nous faisons des marches et des marches, de jour comme de nuit, je n’ai jamais autant marché. En marchant, nous chantons : Le mousquetaire, les bataillonnaires, le fanion de la coloniale, l’infanterie de marine, etc… mais gaiement, nous chantons aussi :

Zéphyrin est bien malade, il a vu le médecin
Le médecin pas commode lui a défendu le vin
Ah ah Zéphyrin qu’on nous serve à boire, à boire
Ah ah Zéphyrin qu’on nous serve à boire du vin

Résultat, lorsque nous arrivons devant l’école ou nous sommes cantonnés, fourbus, crevés, nous avons droit à une séance supplémentaire de pas de gymnastique, arme sur l’épaule. Zéphyrin n’élève jamais la voix, il fait comme le bon Dieu il punit en silence.
Entre temps, le régiment s’est déplacé depuis le 27 avril à St Lucien à 32 km d’Oran.

Carte des environs

Le 16 mai, lorsque nous passons devant la commission d’examen présidée par le Commandant Mareuge, nous ne sommes plus que la moitié, les autres ont abandonné petit à petit. Je suis reçu 4eme sur 9 élèves classés avec la note moyenne : 14, 64 mention Assez bien.
Certificat d'aptitude
Après mon stage, je reviens à mon peloton qui est cantonné dans une grande cour de ferme. Les équipages déjà formés sont à l’instruction au 9éme R C A de la 1ère Division Blindée. Au rapport, on demande des volontaires comme instructeur dans les sections de mitrailleuses, pour les régiments de Tirailleurs Sénégalais. J’ai eu la meilleure note au tir, je connais bien la mitrailleuse, je me fais inscrire.
Tout le Peloton, du Lieutenant au 2ème classe, mange ensemble autour d’une grande table sous un hangar.
Le soir même le Lieutenant me prend à part et me demande les raisons qui m’incitent à partir. J’évoque le désir et la hâte qu’ont les évadés à se battre pour libérer la France. Après m’avoir bien écouté, le Lieutenant Roussel, tel un frère ainé me dit : "Il y a plus longtemps que toi que j’ai dû quitter la France, je suis aussi pressé que toi d’aller la libérer, chaque jour on s’y prépare davantage, si tu t’en vas il faut recommencer l’instruction avec un autre, tu es mécano ta place est dans un char. Sur le char, tu as une mitrailleuse. Si le char est bien mené avec son canon, il sera plus efficace que plusieurs mitrailleuses. Tu veux te battre ? Moi, j’ai besoin de gars comme toi qui ont envie de se battre. Dis-moi si je puis compter sur toi." Bien sur qu’il peut compter sur moi ; jusqu’au 15 août 1945, je ne l’ai pas quitté.

Début juin tout s’ enchaina rapidement, nous avons touché d’abord des treillis de combat ; puis les tenues de sortie, enfin le paquetage américain complet en double réparti dans 2 sacs-marins.
Chemises d’hiver, Chemises d’été, Pantalons d’hiver pantalons d’été, sous-vêtements chaussettes chaussures, guêtres, veste de laine, blouson de toile, canadienne, imperméable calot américain, cravates, gants, ceinture, 2 couvertures, une ½ toile de tente, la moustiquaire, 1 sac à dos, le ceinturon cartouchière, la housse avec le bidon et le quart, le couvert, la pochette à pansement individuel, les lunettes et le masque à poussière, le masque à gaz, une pèlerine anti-ypérite avec une boite de graisse( pour le cuir) le couteau américain USM 8. , le casque ( léger et lourd) et les 2 plaques d’identité mentionnant:

Le prénom RAYMOND Plaque d'identité américaine RCCC 1944 Le nom CANCE
né le 16/ 11/25 - Classe de 1943
Recrutement de PAU
N° Matricule 442 La lettre C qui signifie Catholique :
Groupe sanguin A-II c’est elle qui donne droit à la Croix sur la tombe

Equipement
Pendant toute la guerre, je n’ai pas quitté mon ceinturon scout
Notre Aumônier le Père Missionnaire Gérard de Milleville m’a donné le livret « Soldat du Christ »

Enfin, après tant d’attente, de déceptions et d’espérance, les Tanks Destroyers sont arrivés. Il y en a 12 à l’Escadron. Le vrombissement de leurs moteurs et leurs canons donnent un sentiment de puissance. Je n’ai eu qu’une instruction de fantassin, mais je m’accommode bien et je suis très vite à l’aise dans mon rôle d’aide tireur. J’ai pour tache de charger le canon, mais je suis le tireur à la mitrailleuse de 50 (il vaudra mieux ne pas être en face) avec comme arme individuelle un fusil Springfield muni d’un embout lance grenade. L’armement du char comprend 6 grenades anti-char et 6 grenades anti-personnel. J’en ai la charge et j’ai à cet effet dans mon ceinturon cartouchière des cartouches sans balles (il ne faut pas se tromper dans ce genre de tir). Il y a aussi 12 mines anti-char sur les flancs du char 6 de chaque coté. J’ai les 12 bouchons allumeurs-détonateurs dans un casier sous les pieds, dans le plancher de la tourelle : ce serait aussi mon rôle de placer ces mines en cas de repli. J’ai la charge aussi de la housse avec les 3 fanions : le vert, qui indique le mouvement, le rouge, qui indique le feu, et le jaune, qui indique la panne. Vert et jaune = panne de mouvement. Rouge et jaune = panne de munitions. Rouge et vert un blessé grave à bord. Vert, jaune et rouge = alerte aux gaz.
De ces mois de juin et de juillet où notre impatience s’amplifie lors de la bonne nouvelle du débarquement de Normandie, je ne garde pas grande mémoire, sinon de 3 séances de tir au canon sur cibles mobiles dont j’ai oublié le résultat. Ce n’était pas de ce tir dont je rêvais et j’avais peur que la guerre se termine sans y avoir participé. Il y a un très grand barrage ou je vais me baigner. J’y rencontre des Evadés de France du 4ème Escadron que je n’avais pas revu depuis Rabat et que je ne reverrai plus.

Au cours d’une soirée et d’une nuit, on fête Napoléon au 3ème peloton (qui comprend des Corses, dont le Lieutenant Vinciguerra) tant et si bien que le dit peloton n’a pas pu participer dans la matinée à la manœuvre devant le Colonel. Le Capitaine Maurel a procédé au changement de chef de Peloton.
Au cours de la présentation du nouveau chef de peloton, tout le 3ème Escadron est formé en carré. Je suis au 1er Peloton. J’ai à ma gauche le Capitaine Maurel, le 2ème Peloton est à ma droite et j’ai en face le 3ème Peloton. Lorsque le Capitaine a voulu présenter le Lieutenant De Cambourg pour remplacer le Lieutenant Vinciguerra, j’ai vu (n’en croyant pas mes yeux) tous ceux du 3ème Peloton, même les Sous-officiers, porter à l’œil une pièce de 5 Francs en guise de monocle. La présentation n’a pas eu lieu, le Capitaine a dit simplement : "Enlevez moi ça". Tout le monde s’est exécuté sauf Lafontaine :
"Tu viendras me voir dans mon bureau. Rompez les rangs". Maurice Lafontaine a été tireur dans mon char pendant la campagne d’Allemagne. Il m’a raconté que le Capitaine lui avait dit simplement : "Si tu ne m’obéis pas, je te vire". Le Capitaine Maurel n’a pas imposé ce nouveau chef « porteur de monocle » (soit disant) à des soldats qui ne l’aimaient pas et avec qui ils auraient dû aller au combat. Le lendemain c’est l’Aspirant Jacquel qui est présenté et adopté par tout le 3ème Peloton.

Au mois de juillet, un peu avant de partir en Corse avec un petit détachement, nous passons une journée dans une forêt « à chasser à tirer avec des balles réelles pour s’habituer au bruit des balles », complètement libres.

Le 20 juillet, avec un détachement précurseur de 160 hommes sans matériel, j’embarque pour la Corse sur le Sidi Brahim à Port aux Poules, en laissant le 3ème Escadron, qui est prêt pour la grande Croisade de la Libération.

Liste des équipages des 12 T D au départ d’AFN
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Cancé Raymond
Ancien du 3e Escadron Capitaine Maurel 1e Peloton Lieutenant Roussel

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Musique

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    Marche du RCCC chantée par des Anciens du 3eme Escadron en 1984

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