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RCCC - Régiment Colonial de Chasseurs de Chars

ARTICLE: LES COLONIAUX DANS LA BATAILLE DE LIBERATION

" LES COLONIAUX DANS LA BATAILLE DE LIBERATION "
Par M. Louis Garros (Article paru dans Historama H.S. N°4 Avril 1968)

En juin 1944, le C.E. d'Italie est relevé, la 1ère armée française se forme sous le commandement du général de Lattre de Tassigny. Elle comprend deux corps d'armée : le 1er est commandé par le général Béthouart, le 2ème par le général de Monsabert.

Les éléments dont ils vont disposer sont les suivants :

1ère Division Française Libre, appelée depuis quelque temps Il division d'infanterie motorisée, général Brosset.
2ème division d'infanterie marocaine, général Dody, puis général Carpentier.
3ème division d'infanterie algérienne, général Guillaume.
4ème division marocaine de montagne, général Sevez.
9ème division d'infanterie coloniale, général Magnan, puis généraux Morlière, Valluy.
1ère division blindée, général du Vigier, puis général Sudre.
5ème division blindée, général de Vernéjoul, puis général Schlesser.
Réserves générales : trois groupements de tabors, un régiment de zouaves (9ème ), un régiment de tirailleurs algériens (1er ), deux régiments de chasseurs d'Afrique (chars), trois régiments de spahis, un régiment colonial de chasseurs de chars, et le 2ème dragons.

C'est cette armée imposante qui va effectuer le débarquement de Provence. Le 16 août à 17 heures, les côtes de France sont en vue, depuis la veille, les groupes de choc français et les Américains ont débarqué.

Le travail de préparation a été considérable. Le premier échelon des troupes françaises a embarqué à partir du 9 août à Tarente et à Brindisi, à Ajaccio et à Bastia, à Oran et à Alger, il comprend 30 000 hommes de la 1ère D.F.L., 3ème DIA., 1ère D.B., groupe de commandos, groupe naval d'assaut. Le deuxième échelon doit débarquer trois jours après le premier, tabors et partie de la 9ème D.I.C. Deux autres échelons débarqueront dans les quinze jours qui suivront. Puis, à partir du vingtième jour et jusqu'au quarantième, le reste des unités combattantes : 2ème D.I.M., 4ème D.M.M., reliquat des 1ère et 5ème D.B., mettront à leur tour pied à terre.

Dès le premier jour, Américains et Français vont se trouver en présence de huit divisions allemandes appuyées par de puissants retranchements et disposant d'une artillerie terrestre dix fois supérieure à la leur.

Le général américain Patch commande l'ensemble de la VIIème armée qui comprend le 6e corps U.S. et l'armée française. Cette dernière doit débarquer son premier échelon de forces à partir du 16 août sur les plages de Cavalaire, de Saint-Tropez et de Sainte-Maxime. Sa mission est de s'emparer de Toulon puis de Marseille, ensuite d'exploiter par la vallée du Rhône en direction de Lyon. La côte fourmille d'organisations défensives. Toulon est l'un des camps retranchés les plus forts d'Europe, il est tenu par les matelots de la Kriegsmarine. On prévoit que la lutte sera acharnée. L'armée française devra attaquer avec 30 000 hommes un ennemi très supérieur en nombre fortement retranché dans du béton. Deux solutions s'offrent à elle : attendre le regroupement du premier échelon débarqué et l'arrivée du deuxième pour, attaquer; ou profiter du désarroi initial de l'ennemi et attaquer immédiatement Toulon. C'est à cette solution audacieuse que se rallie le général de Lattre, qui décide de pousser rapidement vers l'ouest sur l'axe Cavalaire, Solliez, Le Beausset.

Dans la nuit du 14 au 15, l'aviation bombarde massivement la côte entre Marseille et Menton. Dans la même nuit, se produit le débarquement des forces aéroportées U.S. dans la région de Muy et de Grimaud, et le débarquement par mer du groupe de commandos français au cap Nègre. Le matin du 15 août, le 6ème corps d'armée U.S. donne l'assaut par mer avec ses trois divisions, renforcées par un élément de la 1ère division blindée française.

Le débarquement du premier échelon français commence le 16 août à 19 heures et, le 18, à midi, la majorité du personnel est à terre, mais la moitié seulement des véhicules et du matériel. Le général de Lattre décide cependant de brusquer l'attaque de Toulon. Il a vu juste. En six jours, le camp retranché, défendu par la 242ème division allemande, par 200 canons et 5 000 marins, sera enlevé de haute lutte. Ce sera l'œuvre d'une partie de la 3ème division algérienne, de la 1ère D.F.L. et d'une partie de la 9ème D.I.C. Les Sénégalais du général Magnan s'empareront de La Valette, de Saint-Jean-du-Var et pénétreront dans Toulon par l'Est. La 1ère D.F.L. progressera jusqu'à La Garde et l'un de ses détachements s'emparera de l'arsenal maritime. Le 26 août, la bataille de Toulon s'achève, la résistance ennemie s'écroule progressivement avec la chute des ouvrages de La Brux, du Balaguier, du Peyras, du Brégailon. Le 27, l'amiral allemand Ruhfus, commandant la place et le front de mer Méditerranée, réfugié à Saint-Mandrier avec son état-major et 2 500 marins, se rend au général Magnan, commandant la 9èmedivision d'infanterie coloniale. Ce seront donc des coloniaux qui auront officiellement repris Toulon, leur vieille ville de garnison, notre grand port militaire dans la rade duquel on voit les épaves de la flotte sabordée. A Marseille, la garnison a capitulé le 28 au matin. Près de 35 000 Allemands, dont 690 officiers, ont été capturés.

Dans l'ordre du jour qu'il adresse à ses troupes le 3 septembre 1944, le général de Lattre cite les hommes de la 9ème D.I.C., les vainqueurs de l'Ile d'Elbe, qui n'étaient que 500 à peine lorsqu'ils s'enfoncèrent au cœur même de Toulon, et qu'ils se mirent à réduire méthodiquement, obstinément, les centres fortifiés de l'ennemi.

LA POURSUITE

Le 28 août, la Provence était libérée. Deux semaines après, l'armée française, poursuivant l'ennemi en retraite par les vallées du Rhône et de la Saône et par la route des Alpes, s'emparait du plateau de Langres, atteignait les contreforts des Vosges et arrivait au contact des défenses couvrant les places de Montbéliard et de Belfort, réalisant une avance de 750 kilomètres, malgré la résistance acharnée des arrière-gardes ennemies, remportant un succès stratégique décisif le 12 septembre en opérant, à Châtillon-sur-Seine, sa jonction avec les forces alliées du Nord. Elle coupait ainsi toute ligne de retraite aux formations allemandes refluant du centre de la France vers la trouée de Belfort.

Un premier groupement (1ère D.B. et 1ère D.F.L.) remonta la vallée du Rhône par la rive ouest, tandis que le deuxième (3ème D.I.A. et tabors) progressait par la route Napoléon. L'ennemi évacuait le Languedoc, ses éléments blindés s'accrochaient à Montélimar et à Valence. Le 31 août, le Rhône fut franchi en Arles et Avignon sur des ponts de fortune. Saint-Etienne et Saint-Chamond furent libérées le 2 septembre et, le lendemain, le 2ème corps d'armée entrait dans Lyon par l'Est et le nord-ouest tandis que le 6ème corps U.S. y pénétrait par le sud-est. Le bassin industriel de Saint-Etienne était totalement libéré le 4 ainsi que l'agglomération lyonnaise. La 3ème D.I.A. avait franchi le Rhône vers Lagnieu le 2, l'Ain à Pont-d'Ain le 3, le Jura était atteint. Dans les Alpes, la 2ème D.I.M. était à Guillestre le 31 août, à Larche le 1er septembre.

Le général de Lattre décida d'exploiter à fond en direction de Belfort et de Saverne par la vallée de la Saône. Le groupement Monsabert agit sur la direction Dijon/Epinal pour réaliser la liaison avec les forces américaines du Nord; le groupement Béthouart agit en direction de Besançon et Belfort afin de pénétrer en Haute-Alsace. Les Américains entre les deux groupements, sur la direction Bourg-Besançon-Vesoul.

Le 9, Autun était occupé, le 11, Dijon tomba à la suite d'un raid audacieux du bataillon de choc dans la région de Plombières et le 12, ainsi que nous l'avons dit, la jonction avec les armées du Nord avait lieu à Châtillon-sur-Seine. Le 14, la 1ère D.B. était à Langres, le 15 à Chaumont.

A partir du 14, la 1ère armée, essoufflée, se regroupe sur là ligne Blamont-Pont-de-Roide et région de Lure.

LA 9ème DIVISION D'INFANTERIE COLONIALE

Cette grande unité fut l'une des plus belles parmi celles qui inscrivirent dans nos livres d'histoire les pages glorieuses de la Deuxième Guerre mondiale. Commandée successivement par des chefs énergiques et humains, les généraux Blaizot, Magnan, Morlière et Valluy, elle était essentiellement de formation coloniale. Et ce fut un véritable tour de force d'y substituer, une fois en France, des éléments divers, jeunes volontaires des F.F.I., venus des quatre coins du pays.

La 9ème D.I.C. était née en Oranie au printemps de 1943. Alors strictement formée de tirailleurs sénégalais prélevés sur l'Afrique du Nord (6ème et 13ème R.T.S.) ou l'A.O.F. (4ème R.T.S.) elle fut mise au point par le général Blaizot et son régiment de reconnaissance fut le fameux R.I.C.M., de Rabat. Lorsque fin avril elle s'embarqua pour la Corse, c'était une formation solide qui allait entrer en lice.

Le 17 juin, qui deviendra le jour anniversaire de la division, elle partit à la conquête de l'Ile d'Elbe et ce coup d'essai fut concluant. Deux mois plus tard, c'était le débarquement en Provence, la chute de Toulon, puis le 5 septembre, le regroupement à Vierzon.

Le 13 septembre, rejoignant le 1er corps d'armée, la 9ème division d'infanterie coloniale s'engageait dans la boucle du Doubs. Autour du fort de Lomont, des combats furieux se livrent. Cependant l'été touchait à sa fin et, formée en majorité de Sénégalais peu résistants au froid, elle dut les renvoyer dans le Midi. Ce fut alors la période de " blanchiment " effectué sans quitter les lignes. Les régiments changèrent de nom. Le 4ème R.T.S. devint 2ème R.I.C.; le 6ème R.T.S. devint le 6ème R.I.C.; le 13ème R.T.S. devint 23ème R.I.C.

Le 14 novembre au matin, le général de Lattre de Tassigny, commandant la 1ère armée française, brusquant l'attaque. Perce le dispositif ennemie. C'est la 9ème D.I.C. qui a cet honneur. Son régiment de reconnaissance, le R.I.C.M., atteint le Rhin. Fin novembre, l'ennemi est chassé du Sundgau et la division monte à Mulhouse qui devient un môle invulnérable.

Au début du mois de janvier 1945, les attaques allemandes s'amorcent sur tout le front; l'ennemi joue ses dernières cartes. La 1ère armée reprend son offensive le 20 janvier dans le secteur de Colmar. La 9ème D.I.C. s'empare alors de toutes les cités ouvrières de la banlieue nord de Mulhouse, combats acharnés et coûteux. Le 6 février, l'Ill est franchi, Ensisheim enlevé et le 19 février, le Rhin de Chalampé est atteint. Il s'agit alors de garder Strasbourg et de préparer la grande offensive contre l'Allemagne.

Déjà le 2ème corps du général de Monsabert a pénétré dans le Palatinat. La division se dirige vers Lauterbourg et, le 2 avril au matin, un bataillon du 21ème R.I.C. traverse le Rhin et occupe par surprise les blockhaus de Leimersheim. Le 4, la moitié de la division saute sur Karlsruhe et sans perdre de temps, une colonne s'engage sur la route de Rastatt où elle se heurte vers Morsch-Neubourgweier à une bretelle de la ligne Siegfried.

Empruntant la route la plus longue et la plus dure, elle enlève successivement Durlach, Burlach, Gernsbach, enfouies dans des vallées étroites. C'est ensuite Sessart et Volkensbach qui tombent. Le 10 avril le pont de Kuppenheim, sur la Murg, est saisi, Les blindés s'engouffrent dans la vallée et d'autres éléments occupent Baden-Baden et Rastatt.

Quatre jours plus tard, après avoir forcé Bühl et Achern, le 23ème R.I.C. s'empare d'Oberkirch et ouvre la route de Wurtemberg au 1er corps d'armée.

La 9ème D.I.C. a été ainsi un des instruments déterminants de l'audacieuse manœuvre qui, après avoir porté des unités jusqu'au Neckar, foncera de Freudenstadt et prendra à revers le Jura souabe. C'est alors la désagrégation du front allemand et le défilé rapide des villes conquises : Fribourg, Lôrrach, Neustadt, Waldshut et le lac de Constance. En vingt-neuf jours, la division a conquis en pays de Bade les trois quarts du massif montagneux réputé pour son impénétrabilité. Elle s'est emparée de près de 200 villes ou villages, parcourant environ 300 kilomètres, anéantissant cinq divisions allemandes.

Nous en aurons fini avec cette énumération des contingents coloniaux lorsque nous aurons rappelé que les dernières formations prirent part aux opérations de réduction des poches de la pointe de Grave et de la forteresse de Royan après de durs combats. Ce furent

- Le régiment d'Afrique Equatoriale Française, colonel Candau.
- Le bataillon de marche d'Extrême-Orient, lieutenant-colonel Metayé.
- Le bataillon Somali.
- Le bataillon des Antilles, lieutenant-colonel Tourtet.
- Le bataillon de marche N°2 d'A.E.F., commandant Amiel,

Nous devons maintenant rendre hommage aux formations coloniales de la Division Française Libre en rappelant toute l'étendue de leurs sacrifices et leurs nombreux titres de gloire.


LOUIS GARROS

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