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RCCC - Régiment Colonial de Chasseurs de Chars

Texte manuscrit de Gaston Maduraud, soldat 2ème classe au 4ème Escadron du RCCC.

Note: le 4ème Escadron et le reste du Régiment font partie de la deuxième vague du RCCC à débarquer en Provence. Ils ont été précédés de quelques jours par le 3ème Escadron.

1944 fut pour nous une année remplie de promesses et de réalisations car nous venions d'apprendre que notre régiment ferait partie du corps expéditionnaire qui devait participer aux opérations de débarquements dans le secteur Sud de la France.

Nous ne pouvions encore le croire. Bien sur la plupart d'entre nous n'avions pas revu cette vielle terre de France depuis des années et notre coeur à l'idée que nous allions bientôt voir se dessiner ses contours battaient à l'unisson. Nous ne vivions plus, nous aurions aimé que les évènements se précipitent, mais nous comprenions que la guerre devait suivre son cours.

Nous avions confiance car cette fois enfin, les Allemands reculaient sur tous les fronts. L'heure des préparatifs pour notre régiment avait sonné. C'est d'abord le matériel américain que nous percevons des chaînes de montage de Casablanca, d'Oran ou d'Alger, Jeeps, Dodges, GMC, Halftracks, etc...Les tanks destroyers devaient, d'après les renseignements qui nous étaient communiqués, arriver incessamment.

Un beau jour certains d’entre nous sont désignés pour aller les percevoir au CRMA (Centre Répartition Matériel Américain). Puis ce sont les A.M. de combat et de commandements que nous voyons un beau matin arriver sur des wagons plateforme. Notre Colonel a confiance cette fois et le désarroi qui s’était emparé de nous a fait place à une joie extrême. A partir de cette minute nous n’avions plus le droit de douter, le Régiment Colonial de Chasseurs de Chars (R.C.C.C) était équipé et à partir de ce moment devions nous préparer sérieusement et hâtivement en vue des futurs combats. C’est donc en plein coeur d’Algérie que nous allions nous y préparer ; manoeuvres de nuit, progressions sur des terrains accidentés….

Il nous arrive de rester quarante huit heures et même davantage sur le terrain mais nous savons cette fois ci que c’est pour quelque chose, que nos efforts ne seront pas vains. Nous poussons l’instruction à son maximum. Je vous assure que ce matériel, même Américain, faisait de notre part l’objet des soins des plus attentifs.

Fin juillet, notre Colonel vient de nous apprendre la grande nouvelle. Nous allons embarquer pour de bon. Quelle est donc notre future destination ?

Nous devions l’apprendre plus tard. En attendant nous stockions le matériel et les hommes dans une zone de silence aux abords immédiats d’Oran zone appelée « Area ».

Les derniers préparatifs étaient minutieusement réglés par les officiers. Nous n’avons plus l’autorisation, avant d’embarquer, de quitter cet « Area » et cela se conçoit. Le secret absolu devait être gardé sur toutes ces innombrables unités qui par la suite devaient se couvrir de gloire à l’Ile d’Elbe, en France et jusqu’au plein coeur de l’Allemagne.

Bref un grand matin nous nous éveillons et c’est pour le grand voyage. Quelle impatience ! Nous étions nerveux. Les uns devaient embarquer sur un bâtiment français, les autres, et j’étais du nombre car j’escortais le matériel embarquions sur un « Liberty Ship » «Le Benjamin Goodhue » qui après avoir fait escale à Alger pour prendre des soldats britanniques, du matériel devait mettre le cap directement sur la Corse.

C’est donc le 8 août 1944 que je devais faire connaissance avec cette jolie terre Corse dont j’avais tellement entendu parler. La France n’était plus qu’à une journée en bateau. Est-ce croyable ? Ajaccio était notre deuxième et dernière escale avant le contact avec le sol de France. Nous débarquons sous un soleil radieux le puissant matériel qui devait nous mener jusqu’en Autriche.

Notre séjour en Corse ne devait pas se prolonger au-delà d’une quinzaine de jours. Nous les passons à une vingtaine de kilomètres d’Ajaccio dans 2 un site très sauvage et à la fois pittoresque. Je dois dire que la liberté la plus absolue nous était octroyée. Nous savions maintenant que nous étions tout prêt du but, et bien souvent nous étions pris d’une certaine angoisse car la plupart d’entre nous ne savions pas ce qu’était le « baroud » et bientôt nous avons appris la signification de ce mot.

Mais qu’importait, nous étions tous mus d’un dynamisme spontané. Nous étions jeunes et l’aventure ne nous déplaisait pas. Revoir ce sol de France que nous n’avons pas foulé depuis plusieurs années. Une chose importait chasser partout au prix de n’importe quel sacrifice « le Boche » de notre territoire et c’est cela que le Grand Etat Major avait pensé. Nous n’avions pas perdu la guerre mais simplement une bataille comme l’a dit le Général de Gaulle. Nous n’avons pas le droit d’être pessimiste. Nous devions avoir confiance en ceux qui devaient nous mener au combat.Pour la plupart il s’agissait de chefs jeunes et énergiques ou l’instruction militaire avait été poussée à fond. Donc la dernière main allait être mise à exécution. Il s’agissait pour qu’aucune équivoque puisse se produire de la part de l’Aviation Alliée de peindre de grandes étoiles blanches sur le capots des camions et des Jeeps, sur le devant des chars et enfin tout cequi pouvait composer une unité motorisée. Il fallait à tout moment que le matériel puisse être reconnu immédiatement, ostensiblement, par l’aviation alliée et c’est à cela que nous nous sommes employés. Cette tâche terminée, il fallait attendre. Je ne m’éterniserai donc pas sur ce séjour en Corse quoi que mes camarades et moi-même en ayons gardé un excellent souvenir.

Nous étions préoccupés par des évènements plus importants. Nous savions notre réembarquement imminent. Je me souviens d’un matin le 18 août, deux jours exactement avant notre départ, un matin merveilleux à en juger par le temps qu’il faisait, un ciel bleu sans le moindre nuage.

Nous fûmes attirés par un bourdonnement incessant au dessus de nos têtes. Nous n’avons pas été long à comprendre ; les commandos, le Génie, troupes de choc et l’Aviation allait les soutenir dans quelques instants de façon efficace … Je crois avoir reconnu des « Lightnings » à double empennage.

Il y en avait deux cent, peut être davantage et nous pensions en cette minute qu’il y avait déjà des nôtres qui étaient tombés pour que d’autres comme nous puissent continuer la marche en avant au prix de quels sacrifices.

Nous sommes le 20 août 1944, l’ordre est arrivé. Nous embarquons - matériel et hommes – sur des « Landing crafts », Chalands de débarquement à fond plat. Quelle minute poignante. Personne ne dit mot. Nous embarquons en silence, mais parfois un regard en dit plus que des mots. Cette fois c’est vrai nous sommes dans le bain. Revoir la France, des Français, sa famille, ses amis fouler ce sol qui nous est resté interdit si longtemps.

Plus de doute, nous allons finir de bousculer le système de défense des Allemands installés tout le long de la côte. La lutte nous le savons (nous n’avons pas d’illusions) sera dure, les Allemands savent se battre mais le poids écrasant du matériel et de notre magnifique moral saura l’emporter.

Le 21 au jour nous apercevons à la jumelle les côtes de France dans le brouillard. Nous sommes sur un bâtiment américain. L’équipage du Nayticon est en majeure partie composé de grecs. Nous sommes à présent anxieux chacun est à son poste de combat car l’Aviation allemande est à redouter et je dois avouer que sur notre L 51
notre défense anti-aérienne n’est pas négligeable. La concentration de feu que nous pouvions utiliser était de nature à refroidir les plus téméraires.

Nous avons eu quelques heures avant notre débarquement une alerte. Nos mitrailleuses ont immédiatement ouvert un feu nourri et puis plus rien. L’avion ou les avions rodant dans les parages ont-ils jugé plus
prudent de s’éloigner ?

Les côtes se sont rapprochées cette fois nous les distinguons très nettement. J’ai su plus tard que notre point de débarquement était La Nartelle - dans le Golfe de St Tropez – Nous voyons la plage et croyons distinguer un matériel épars ça et là. Les Allemands ont miné les plages pas de doute. Il s’agit de chars qui ont sauté dès l’arrivée à terre.

Enfin notre tour d’accoster est venu. Le signal est lancé. Le Nayticon qui avait a proximité des côtes stoppé ses machines les a remise en marche et décrit un grand cercle vers le large. Il prend ses élans. Nous devons nous planter dans le sable le plus profond possible de façon à ce que l’on puisse débarquer le matériel le plus près de la plage, ceci pour faciliter et pour perdre le moins de temps possible à déverser toutes ces puissantes machines avides de brûler du carburant et de nous transporter à des centaines de kilomètres.

Car je dois dire qu’à part la résistance dans la région de Toulon ou s’est cristallisée l’Infanterie Allemande dans les blockhaus en utilisant de grosses pièces d’artillerie ôtées de nos si majestueuses et imposantes [routes ?] tels croiseurs, cuirassiers etc… L’avance fut rapide et nous devions reprendre le contact avec les unités allemandes seulement dans la boucle du Doubs.

Je voudrai essayer de vous faire revivre le plus intensivement possible la situation telle qu’elle s’est présentée dès notre contact sur le sol Français.

Le littoral en certains points avait été décimé. On comprenait que de violents combats s’y étaient déroulés à en juger par les destructions systématiques de tout ce qui était avant habitable. Evidemment les Allemands ont défendu pouce par pouce le terrain mais devant le flot de matériel et d’hommes ils n’ont pu tenir et ce fut le décrochage, et quel décrochage.

La Provence si belle à nos yeux était inutile, mais en revanche combien de français déjà libérés du joug allemand et chaque jour davantage ! Je voudrai vous parler, sans trop vous attacher, de l’accueil si chaleureux qui nous fut réservé au fur et à mesure que nos tanks libéraient un village, une ville.

Quelle explosion d’enthousiasme, un vrai délire. On vous jetait des fleurs, de jolies filles vous embrassaient et là nous avons compris que tous ces Français, ces Françaises avaient réellement souffert et qu’ils étaient heureux de pouvoir à nouveau s’exprimer librement, sans contrainte, sans risquer d’être appréhendés et emmenés en Allemagne ou au poteau d’exécution.

Etre libre, enfin libre il avait fallu plus de quatre années pour en arriver à ce magnifique résultat. Mais je ne suis pas ici pour me laisser aller à messentiments. Je veux poursuivre la magnifique odyssée d’un Régiment de Coloniaux tous des braves faisant à la France le sacrifice de leur vie, un Régiment qui a magnifiquement compris son rôle de soutien immédiat avec l’Infanterie en accomplissant chaque jour des exploits qui étaient pour nous une simple tâche quotidienne et nous étions fiers d’en faire partie, d’être du nombre. Quel esprit de saine camaraderie de solidarité.


Note: Le 2 septembre 1944, 190 565 hommes, 41 534 véhicules et 219 205 tonnes de ravitaillement avaient été débarqués et au 25 septembre, jour de la fermeture de la dernière plage, 324 069 hommes, 68 419 véhicules, 490 237 tonnes de ravitaillement avaient été débarqués, démontrant ainsi le succès et la nécessité de ce débarquement en
Provence.

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